Compte-rendu des cérémonies
de la réouverture de l'Ambassade du Rwanda à Ottawa

Le 05 mars 2005

-------------------------------------------------------

Et si c'était ça la seule façon de collaborer pour arriver à démystifier les tabous ? En effet, des adages, des convictions erronées, des tendances négatives de toutes sortes vous diront que la diaspora rwandaise, en général, celle du Canada en particulier, n'est pas capable de se mettre ensemble, de collaborer autour d'un même projet, d'y apporter chacun son peu et son savoir-faire, pour aboutir à des résultats concrets, même spectaculaires.

Eh bien, depuis le 05 mars dernier, ce mythe a été vidé. Voici comment, pourquoi et par qui : Bravo à la Communauté Rwandaise d'Ottawa.

À l'occasion de l'ouverture officielle de l'Ambassade de la République du Rwanda à Ottawa, Son Excellence Eugène Munyakayanza et son Premier Conseiller, Déo Nkusi, en étroite collaboration avec Dr Jean Kamanzi, président de la communauté d'Ottawa- Gatineau et son Comité local, sans oublier l'apport immense de toute la communauté, ils ont réussi un coup de maître, à travers le succès indescriptible de toute l'organisation de cette journée mémorable.

Prenons les choses par leur début

Vous vous rappelleriez que notre Ambassade à Ottawa avait fermé ses portes pour être rattachée à l'Ambassade du Rwanda aux USA . Lors de la visite de son Excellence, Paul Kagame, Président de la République du Rwanda à Boston (USA), en mars 2003, notre Président avait été impressionné par la présence massive de différents groupes de Rwandais en provenance du Canada, et nous avait fait une promesse de rouvrir, dans les meilleurs, notre Ambassade propre au Canada.

Avec beaucoup de gratitude et d'enthousiasme, nous avons appris l'annonce officielle de cette bonne nouvelle, enfin la réouverture, et la nomination à ce poste, de Monsieur Eug ène Munyakayanza comme Ambassadeur. Les procédures ont été plus ou moins longues, diplomatie oblige.... mais ont fini par aboutir. Ils ont maintenant hissé notre drapeau, ils ont pignon sur rue comme on dit en bon québecois.

L'arrivée précurseure du Premier Conseiller, Monsieur Déo Nkusi.

Préfet de la Province de Kibuye pendant plusieurs années, cet ancien professeur de physique est arrivé, tout en sifflotant; bien qu'habitué aux défis de toute sortes, il ignorait totalement par où commencer sa lourde tâche de préparer, de planifier et de clarifier l'arrivée du Messie, l'Ambassadeur lui-même.

Vu de loin, ce n'est rien, c'est un travail comme un autre, diriez-vous; il n'a qu'à le faire, diraient abusivement les langues outrancières auxquelles on est habitué, il est bien payé pour le faire…..

Mais vu de près par les yeux conscients, c'est un défi immense sur les épaules d'un seul homme, marchant presque à l'aveuglette, dans un terrain totalement inconnu. Même s'il a la réputation d'être cool et méthodique, il a été rapidement rattrapé par la réalité incontournable, incluant le climat nordique qui est loin d'être accueillant. Il n'a pas hésité un instant de se tisser comme un toile autour de lui, des gens qu'il pensait être en mesure de l'aider. Il ne s'est pas trompé, jusqu'à jour, on peut se dire avec fierté que personne ne l'aura déçu, les résultats du 05 mars parlent d'eux-mêmes, et témoignent éloquemment de la beauté de collaboration honnête et responsable.

Il a organisé un plan de travail presque sans faille, luttant en même temps pour sa survie, dans la rigueur du climat hostile et impitoyable du Canada qui, en cette période spécifique de l'année, peut descendre jusqu'à – 40 o C, spécialement dans la région d'Ottawa.

Ajouté à tout ça des sorties compliquées des autoroute s cruelles, des sifflets stridents des policiers sévères, des branles bas de combat quotidien de la vie familiale typiques au Canada, lui, Mr le Préfet qui était probablement habitué à avoir des domestiques et des cuistaux...... Bref, c'est plus lourd que vous pouvez juste l'imaginer.... Mais grâce à la collaboration de tous ceux qui pouvaient se disponibiliser pour lui, il s'en est tiré avec brio.

Enfin, l'arrivée du grand manitou. (ce n'est pas péjoratif, c'est pour rire)

Généralement quand on pense à un Ambassadeur quelconque, on imagine un Monsieur aux allures hautaines, fier de ses prestations, arrogant, à certains égards, parlant seul pour s'imposer et se faire valoir, marchant sur tout, avec ses gros sabots. Rien que de penser à son titre, « Son Excellence ».... on a tendance à prendre un peu froid dans le dos, si on arrive pas à observer ses distances par rapport aux gens de ce rang-là. Je peux me tromper, mais c'est grossomodo l'attitude que le monde modeste tient vis-à-vis de leurs Excellences !

Pour Monsieur Eugène Munyakayanza, ce n'est pas pareil, il n'a rien de l'homme que je viens de décrire.

C'est une personne tr ès attentionnée, qui a un taux d'écoute très très élevé, qui trouve toujours des solutions de rechange immédiates, pourvu que ça marche à tout coup. C'est une qualité que j'ai rarement vu chez nos compatriotes, moi inclus . Même si parfois il veut TOUT ET TOUT DE SUITE, il est d'une efficacité désobligeante, même pour les vieux routiers. Ce qui doit être fait, has to be done, THAT---- IS--- IT !

Il voit dans tous les angles, je ne l'ai pas encore côtoyé assez suffisamment pour savoir comment il se comporte, comme en cas de situation conflictuelle , mais si je peux me permettre de tirer au pif, je peux anticiper que nous sommes, ici au Canada, si chanceux d'avoir un duo diplomatique aussi doué et complémentaire, et how close to general public concerns.

Il est donc arrivé, il n'avait pas de gros sabots aux pieds dont je parlais, ni de l'arrogance dans les yeux qui n'est pourtant une denrée rare chez certains de nos amis. J'ai été à leur chantier plus d'une fois, je l'ai vu, cravate au cou, je l'ai vu aussi, les manches retroussées. Il n'y a pas de doute, ce sont des hommes qu'il nous fallait, ici au Canada,

Parlons de l'événement lui-même, l'ouverture officielle, le 05 mars 2005

Même si fébrile et anxieux, le monde d'Ottawa Gatineau était en liesse. Peu importe ce qui pouvait arriver incidemment, le jour « J » était là. Ça brassait, sa sifflait, ça nettoyait, ça se parfumait, ça s'impatientait, ....et patati-et-patata.

Premier big problem, mais qui a malgré l'impasse réelle, a trouvé des solutions adéquates, que moi j'appelle miraculeuses. – Pendant toutes les réunions préparatoires de la fête, toutes les prévisions (la bouffe, la soif, la chaise, l'aise...), tout avait été tablé sur une base majorative de 400 personnes, au plus haut mot.

Il est cinq heures.

Les cars, les chars, les autos, les bus, les pieds, les bicyclettes, les cabs, tous ces véhicules affluent de nulle part et de partout, et plus de mille (1000) personnes, (NOIRES pour la plus part) convergent vers cette petite salle étroite, parsemée d'immenses piliers laids, par le fait qu'ils obstruent sans pitié le beau spectacle qu'on était supposé voir sur le podium.

On se serre les épaules, puis les coudes, puis les jambes, puis les uns se mettent sur les genoux des autres, même sur ceux des inconnu(es), pourvu qu'on trouve un peu d'espace pour rester et voir la suite. On reste, on rie , on s'esclaffe, on boit, puis on mange.

De manger parlons-en. Bravo Mesdames, chapeau franchement.

Je ne peux ne pas parler de la bouffe. Je ne veux pas, chères soeurs, vous demander comment vous avez fait ça, mais sachez que : «You did it right ». Quelle bonne bouffe ! Je savais que vous aviez préparé pour 400 bouches, tout au plus, mais quel tour de magie avez-vous fait pour nourrir plus du triple ? Je sais que quelques-uns n'ont rien eu, ou juste pas grand-chose, mais même avec ça, comment avez-vous fait ? Il en y a qui doutaient encore que Jésus n'a pas multiplié le pain, maintenant ils se convertiront sans hésitation, parce qu'ils vous ont vues à la louche !

Parlons des tâches observables qui ont été mal exécutées.

Oui il y en avait, nta byera ngo de ! Certaines personnes (moins nombreux heureusement), n'ont pas fait leur devoir. Comme je le dis souvent, certaines personnes acceptent, ou vont jusqu'à demander des rôles dont ils savant qu'elles ne peuvent assumer la responsabilité. Ils se mettent la taille à la gorge, le téléphone cellulaire volume-up, et oublient, ou laissent exprès sa part aux autres. Ils sont souvent les premiers à paraître dans les photos, c'est ça qu'ils préfèrent en fait, mais ils oublient que les gens qui regardent les photos ne sont pas dupes, ils comprennent que ceux qui ne sont pas sur la photo étaient AILLEURS, c'est pour cela que ça marche, couci-couça ! Je ne veux vexer personne, mais il faut que ce genre de choses se dise, ça vous prend un fou bénévole pour le dire, et me voici !

La période des discours

Le grand moment, le sommet. Je m'excuse, je n'en parlerai pas, tout simplement parce que je ne les ai pas entendus. J'étais assis presque en arrière, devant une foule de gens debout qui avaient manqué des chaises, et qui en profitaient pour socialiser, sans se gêner. Malgré les haut-parleurs de 400 watts, (avec un mauvais opérateur en passant), on ne pouvait rien entendre.

Mais ceux qui étaient assez proches m'ont dit que le discours de Son Excellence Eugène Munyakayanza était à la hauteur de l'évènement, et que celui de Monsieur Protais Mitali, parfait, émouvant et taill é à la hauteur de son rang socio-politique.

L'événement du 05 mars était divisé en deux célébrations différentes. La première, qui consistait à couper le ruban traditionnel et à gaspiller ce beau liquide, le champagne, qui se passait dans l'intimité, entre les gens de classe, (the fine people). Je me suis retrouvé aussi à cet endroit, (pas ma place pantoute), mais j'ai été très impressionné.

Encore une fois, je n' arrive pas à comprendre la magie dont use Son Excellence, Eugène Munyakayanza. Il vient juste d'arriver, techniquement il n'a même pas deux mois fonctionnels, dans les souliers d'Ambassadeur au Canada. Comment a-t-il pu réunir autant d'Ambassadeurs (au moins un vingtaine), dans son vieux patelin d'archive du coin Gilmour ? Urwanda rufite amanota, n'abarurwanya nibashaka bazabireke barata igihe cyabo kubusa

Conclusion

Le lendemain dimanche, ceux qui ont pu se lever, parce qu'on avait quand même bien bu, et beaucoup parlé, tous les ingrédients de la fatigue étaient réunis pour rester au lit.

Une rencontre publique était prévue à l'Université St Paul, entre les Rwandais et Mr Mitali, Secrétaire d'État qui était là. J'y suis allé aussi.

J'en profiterai pour parler un peu de cet homme. Très Jeune, très dynamique, un homme qui pourrait se venter, s'il le voulait, de bien comprendre les dossiers du pays. En fait, quand on voit les gens comme Mitali, on comprend la force du Président Kagame. Il sait s'entourer des gens qu'il lui faut, on a vu aussi qu'il est capable de se débarrasser de ceux qui peuvent retarder le train en mouvement.

Mitali, tu ne peux pas l'avoir, nubwo wagira ute ! Un rescapé éprouvé qui n'a, d'après ce que j'ai vu, qu'un seul désir, QUE ÇA MARCHE. Et moi, je respecte ce genre de détermination ! C'est peut- être pourquoi il m'a fortement impressionné. Il vous parle du Rwanda du bout des doigts, il répond sans ambages à toutes les questions, de façon définitive, on sent qu'il est disponible, il est très confortable avec toutes les audiences, il ne donne pas des r éponses diplomatiques, même si c'est son rôle premier.

Je n'entrerai pas dans les détails des questions qui lui ont été posées et des réponses qu'il a données, tout simplement parce que je suis fatigué. Si quelqu'un veut bien, il pourra enchaîner ici..... Cet homme avait fait un voyage marathon. Arrivé le 05 à cinq heures, à l'aéroport d'Ottawa, soit une demi-heure avant la fête, rencontrer quelques autorités Canadiennes, rencontrer la communauté rwandaise, visiter l'Ambassade et les résidences, puis reprendre l'avion en moins de 36 heures depuis son arrivée.

En me relisant, tranquillement cet après-midi, je remarque qu'il y a eu un oubli important dans mon compte-rendu. Je n'ai pas fait mention de quelque-chose qui m'avait pourtant impressionné beaucoup. C'est l'aspect RASSEMBLEUR qu'a revêtu, pour la première fois, ici au Canada, ce genre d'événement. Je parle de l'implication réelle de tout le monde.

Je vous disais qu'il y avait au moins 1000 personnes à ces cérémonies. Qui sont-elles ? Comme tout le monde le sait, la communauté du Canada, depuis le génocide, est pratiquement divisée en trois groupes distincts qui, généralement ne se côtoient pas souvent, sauf pour des relations personnalisées :

1. Le groupe de Rwandais qui s'identifient comme des rescapés du génocide de 1994. La grande majorité de ce groupe est composée de gens qui sont arrivées ici en provenance du Rwanda, du Burundi, et du Congo. Ils ont des organisations socio-communautaires plus ou moins stables, à Ottawa comme ailleurs. Plus de 99% des membres de ce groupe sont reconnus comme étant des gens du groupe ethnique des Batutsi.

2. Le groupe qui s'identifie comme des Opposants politiques au régime de Kigali. Parmi eux, on trouve des gens du groupe ethnique des Bahutu et des Batutsi qui disent être des mécontents, qui voudraient changer les choses à Kigali. On les voit principalement dans des organisations comme Amahoro-Congress, Igihango niba kikibaho, n'ibindi bitazwi neza aliko biriho.

3. Le dernier groupe, et non le moindre, des Bahutu pour la plus part, qu'on ne voit nulle part. Ni dans des associations des Bahutu, ni dans celle des Batutsi. Ils préfèrent rester à l'écart de tout, ne sont ni chaud ni froid. Je ne prendrais pas la chance de dire qu'ils sont neutres, car je l'ignore totalement. En général, ils vivent presque en clandestinité, ils prennent de bonnes distances par rapport à ce qui se passe dans nos milieux. Muri bene abo bantu, harimo n'Abatutsi benshi.

C'est quand même étonnant kubona hari abantu igihumbi bari bahujwe no kunezerwa, no kwishimira intambwe ikomeye twateye, aliko ugasanga hari abantu benshi bahisemo kwigumira mungo zabo, même à Ottawa. C'est certain ko hari ababujijwe n'impamvu zinyuranye kandi zumvikana, (nk'akazi cyangwa uburwayi), aliko hari ngo n'abandi babuzwa nuko batibona mbintu nk'ibyo. Bene abo baboneka muko yose.

Je n'ai pas dit que c'est mauvais, c'est un choix. Par contre, je peux dire sans risque de me tromper, que c'est un mauvais choix. Ntabwo mbona ubwiza bwo guhitamo kwigunga, ukikura mu bandi, ukiha akato...Honnêtement, yego tuba mubazungu, ubwo n'ubuzima busanzwe ari ubw'abazungu, aliko ingendo y'undi iravuna. Abanyarwanda twaremewe kubana, ngirango ninayo mpamvu yonyine yatumye na nyuma y'amahano yaguye mugihugu cyacu, abantu bagerageza gukomeza kubana.

Aspect rassembleur rero nvuga, ntigenze mbona kuva kera kose mu mahuriro nk'ayo, nuko nabonye abantu qui s'impliquaient avec bonne volonté, (ntabwo ndibuvuge amazina y'abantu), aliko byarantunguye cyane. Niba ari effet z'ubumwe n'ubwiyunge, niba ari force de caractère y'abayoboye Ambassade, niba aritwe abaturage twarambiwe kuryana, ibyaribyo byose hari impinduka nziza, igaragara yabaye. N'ako kantu nari nibagiwe kuvuga ho, kandi ni important.

A. Rurangwa

Close this window